Pour son second “Batman”, Burton fait la part belle aux créatures incapables de faire le deuil de l’enfance : Catwoman et le Pingouin.
Le premier Batman de Tim Burton était déjà plaisant. Le deuxième est encore meilleur, plus étrange, plus ample, plus personnel aussi. Des décors dédaléens aux costumes extravagants, de la musique enivrante à la gestuelle presque chorégraphique des protagonistes, tout y est le fruit d’un travail d’orfèvre, minutieux et inspiré, orchestré de main de maître par l’un des plus fascinants excentriques du Hollywood de l’époque. Burton ne filme pas seulement une suite : il approfondit son univers, le densifie, l’assombrit, jusqu’à faire de Gotham un véritable théâtre de cauchemars.
Monde imaginaire foisonnant où se bousculent des clins d’œil à l’écologie, aux magouilles politiques, à la guerre du Golfe, à Dickens, cette fresque hallucinée fait la part belle aux déviants et aux humiliés, à la désillusion comme à la divagation, à l’enfance abîmée comme aux pulsions de revanche. Batman, relégué presque au second plan, n’est plus qu’une silhouette mélancolique, un héros en creux davantage qu’un justicier triomphant. Les figures dominantes de ce mélodrame funèbre ? Catwoman, maléfique et douce, meurtrie et sensuelle, incarnée par une Michelle Pfeiffer inoubliable en vamp féline gainée de noir ; et le Pingouin, joué par un Danny DeVito méconnaissable, mi-monstre, mi-homme, rejeton sans âge, mal dans ses palmes, à la fois répugnant, pathétique et profondément émouvant. Deux créatures burtoniennes par excellence, grotesques et tragiques, qui hantent durablement la mémoire.