« Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau disponible. »
— Patrick Le Lay, ex-PDG de TF1


Avant de commencer : ce qu'on ne va pas faire

On ne va pas accabler tous les journalistes, toutes les chaînes, tous les formats. Ce serait aussi idiot que de condamner tous les restos parce qu'ils servent de la bouffe de merde.

Ce dont on va parler, ce sont les mécanismes, les rouages invisibles qui fonctionnent que vous soyez devant TF1 ou que vous ingurgiter passivement des vidéos de votre influenceur préféré en exil fiscal à Dubaï. Parce qu'une mécanique nuisible reste nuisible.


La publicité n'a pas besoin de vous

Voici quelque chose d'inconfortable : la publicité ce car l'oignon que vous l'aimiez. Elle n'a pas besoin que vous la conscientiser pour faire son travail. Elle a besoin de votre inconscient et celui-là, échappe totalement à votre contrôle.

Vous zappez frénétiquement ? Trop tard. Vous regardez votre téléphone pendant les coupures ? Trop tard. Votre cerveau a déjà enregistré la propagande, je veux dire la pub, associé la marque à une émotion, rangé le tout dans un rayon de votre mémoire à long terme juste à côté de vos souvenir de jeunesse de sale gamin immature pour mieux pénétrer votre cerveau reptilien.

Et la prochaine fois que vous serez dans le rayon yaourts d'un supermarché, face à dix références inconnues et une seule familière, vous choisirez celle dont on vous a matraqué le cerveau des dizaines de fois. Parce que l'inconnu fait peur, depuis le temps de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs lorsque une simple baie pouvait nous tuer


Le vrai produit, c'est vous

La télévision ne vous vend pas des programmes. Elle vous vend, vous, à des annonceurs.

La logique est simple et brutale : plus il y a de monde devant l'écran, plus l'annonceur paie cher pour y placer sa pub. TF1 a un jour vendu un espace de 30 secondes  avant France-Ukraine à 160 000 euros. Pour ce prix-là, on comprend mieux pourquoi la chaîne a tout intérêt à vous garder captifs  au mépris de la pensée critique et complexe du monde, pas à vous instruire. 

Et ce qui retient le mieux l'attention, sans trop la fatiguer ? Ce qui parle à notre cerveau primitif : le sexe, le sang, la peur, la compétition, la nourriture. Des stimuli qui attireraient n'importe quel animal, car ils touchent à la survie. Légèrement aseptisés pour l'ego humain, mais fondamentalement identiques.


Le JT : un Tetris à plein régime

Imaginez une game de Tetris dont la vitesse augmente sans jamais redescendre. Vous n'avez plus le temps de réfléchir à la stratégie, vous réagissez, vous rangez, vous enchaînez. C'est exactement ce que fait un journal télévisé avec votre cerveau.

La rapidité des sujets qui se succèdent empêche vos fonctions cognitives supérieures de s'activer. Résultat : vous acceptez les informations comme vraies parce que le présupposer permet de les traiter plus vite. Ce n'est pas de la naïveté, c'est un mécanisme d'adaptation parfaitement rationnel, mais que les médias exploitent avecune précision et un cynisme sans borne.

Ironie supplémentaire : les spots les plus frénétiques sont aussi ceux dont on se souvient le mieux. Chaque nouvelle image mobilise de l'énergie cérébrale. Votre fréquence cardiaque baisse (signe d'attention redoublée). Votre cerveau tourne à plein régime. Et vous croyiez vous détendre.

Donc…

Le JT quotidien est à éviter si vous souhaitez former une opinion sur le monde. Non pas parce que tout y est faux, mais parce que sa forme même vous empêche de traiter correctement ce qu'il contient. Préférez la presse écrite, les médias "lents", les formats qui vous laissent le temps de penser.


Les magazines : le poison et l'antidote placebo

Voici le schéma, comptabilisé et vérifié sur des numéros réels :

Le magazine crée l'angoisse (tu n'es pas assez beau, pas assez performant, pas à la mode), puis vous propose les remèdes tous disponibles en boutique. L'estime de soi baisse à la lecture des pages mannequins (Bessenoff, 2006 112 femmes, résultats sans appel ), puis remonte artificiellement à l'achat du bon produit. Jusqu'au mois suivant, où le cycle recommence.

Le magazine est son propre poison et son propre antidote placebo. Et vous Rackée pour les deux.


"Mais moi je le regarde au cinquième degré"

C'est l'argument classique. "Je sais très bien que c'est idiot, mais ça me détend." Ou encore : "Je lis ça pour me purger la tête."

Sauf que se purger la tête en regardant la télé, c'est aussi cohérent que manger des bonbons pour se vider l'estomac. Ce qu'on consomme information ou nourriture entre, est absorbé, digéré, et stocké. On ne se débarrasse pas de la cochonnerie informationnel par un footing mental.

Et si vous avez déjà passé des nuits blanches sur un jeu vidéo tel un véritable no life en oubliant de manger, c'est que votre cerveau adore se prendre la tête. Il est codé pour ça. Il cherche la complexité, la richesse, le défi. Lui infliger des heures de téléréalité ou de magazines de mode, c'est l'insulter.


Ce qu'on peut faire, concrètement

Pas de discours grandiloquent. Quelques choses simples :


Pour finir

La critique des médias est vieille comme les médias. Certains pourraient dire : "À quoi bon, tout le monde le sait déjà." Mais savoir n'est pas suffisant. La pub n'a pas besoin de votre ignorance  elle a besoin de votre automatisme.

C'est pourquoi l'enjeu n'est pas la conscience, mais la pratique. Reconnaître les mécanismes. Les nommer. Les retourner. Reprendre la maîtrise de ce que Patrick Le Lay appelait si joliment votre "temps de cerveau disponible".

Ce temps vous appartient. Encore faut-il le revendiquer.